Prix International Charlemagne de la Ville d'Aix-la-Chapelle

Le PrixLa Proclamation de 1949Déclaration en l'an 1990

UN PRIX CIVIL RÉCOMPENSANT LES MÉRITES POUR L’UNIFICATION EUROPÉENNE

Prof. Dr. Dr. Walter Eversheim

« Nous nous permettons désormais de proposer l’institution d’une remise annuelle de prix international, récompensant la contribution la plus précieuse au service du dialogue et d’un travail commun entre les peuples d’Europe occidentale, et au service de l’humanité et de la paix mondiale. Cette contribution peut avoir eu lieu dans le domaine littéraire, scientifique ou politique ». Quand Dr. Kurt Pfeiffer fit cette proposition, « humblement, en retrait des instances publiques » il y a de cela plus de 50 ans, personne n’aurait osé prédire que le Prix International Charlemagne allait devenir la récompense la plus importante et la plus renommée décernée à des personnalités qui se sont engagées pour l’Europe et l'unification européenne.

Deux générations après l’institution du Prix Charlemagne, revoyons les circonstances vécues par ses initiateurs. La deuxième guerre mondiale, déclenchée par l’Allemagne, a provoqué des dommages importants en Europe. Aix-la-Chapelle, première ville allemande à avoir été délivrée par les forces de combat alliées, fut non seulement à l’avant-scène de la guerre pendant des semaines, mais fut aussi la seule grande ville qui fut évacuée de force et pillée par la suite. A la détresse matérielle de la population, à la désintégration des relations sociales et à la dissolution de structures transmises, s’ajouta une perte de repères moraux et spirituels, qui laissa peu de place à une reconstruction orientée sur l’avenir.

Dr. Kurt Pfeiffer, homme d’affaires aixois, partageait le désir de s’instruire avec beaucoup d’autres, après des années de manipulation mentale et d’endoctrinement. Ceci lui donna ainsi qu’à ses amis l’opportunité de créer, avec leur aide, dès 1946, un petit cercle de lecture, le « Corona Legentium Aquensis » avec des personnalités importantes de la ville. Avec le soutien financier de M. Pfeiffer, ce cercle put croître en importance et en influence, et organisait des expositions, des séries de conférences avec des personnalités politiques, des scientifiques et des créateurs de culture de toute l’Europe. Les discussions au sein du Corona incitèrent Pfeiffer à réfléchir s’il était suffisant de mettre de nouvelles idées et convictions sur le devant de la scène ou si l’on ne devait pas plutôt influencer sur le conflit Est-Ouest, qui après les deux guerres mondiales était ressenti comme menaçant, de manière plus active et plus efficace sur le plan officiel. L’homme d’affaires chercha une possibilité de gagner de l’influence sur le développement politique en Europe et d’agir sur l’avenir par le biais d’une stratégie pacifique, sans pour autant avoir à prendre le chemin des décisions de longue haleine des partis politiques et des parlements.

Il va sans dire qu’en 1949, les conditions de départ pour une initiative politique européenne étaient bonnes. Les efforts d’intégration de l’Europe de l’Ouest étaient tombés dans une crise profonde, lorsqu’en septembre 1948 les Britanniques abandonnèrent leurs négociations avec le gouvernement français, concernant une Union douanière et qu’ils bloquèrent en novembre 1949 la transformation du Conseil de l’Europe en institution européenne.

A la suite de quoi le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, reçut l’injonction américaine de reprendre la direction de l’intégration de l’Allemagne de l’Ouest en une Europe supranationale. Le fait que cette incitation univoque resta longtemps sans réponse de la part des Français, constitua un terrain propice aux initiatives de politique européenne, d’autant plus que l’avancée de nouveaux blocs en Europe et la véhémence accrue de la guerre froide attisèrent la peur de nouveaux affrontements militaires sur le vieux continent.

Kurt Pfeiffer reconnut apparemment cette opportunité unique. Lors d’une rencontre du Corona le 19 décembre 1949, il choisit judicieusement de présenter à la veille des fêtes de Noël et de l’Année sainte annoncée par le Pape Pie XII, son idée d’institution d’un « Prix d’Aix-la-Chapelle » récompensant les méritants pour une Europe occidentale unifiée, pour la paix dans le monde et pour l’humanité. Son initiative trouva une résonance extrêmement positive, aussi bien dans la presse qu’auprès des personnalités importantes. Ceci l’encouragea à poursuivre ses projets avec persévérance.

En quelques jours seulement Kurt Pfeiffer réunit de hauts représentants de l’administration municipale, de l’université, de l’église catholique, mais aussi des domaines politique et économique de la ville, qui publièrent ladite « Proclamation de Noël 1949 », valable encore de nos jours comme étant le fondement moral du Prix Charlemagne.

Du côté de la ville, le maire, Dr. Albert Maas, le Directeur des Services administratif de la Ville, Albert Servais, et l’adjoint au maire, Ludwig Kuhnen, s’engagèrent. Ils virent la chance de faire revivre grâce à ce Prix le passé européen quelque peu oublié de la ville et d’attirer à nouveau le regard sur Aix-la-Chapelle de ceux qui s’intéressent à l’Europe, propageant ainsi le nom de la ville impériale au-delà des frontières. Aix-la-Chapelle fut jadis, sous Charlemagne, le centre du premier empire européen, à plusieurs reprises le lieu d’importants congrès européens pour la paix, mais aussi pendant longtemps ville thermale princière et également renommée pour le Pèlerinage des saintes reliques qui a lieu tous les sept ans ; autant d’éléments dont on peut à raison être fier.

C’est pour cela que M. Pfeiffer lui-même suggéra de nommer cette décoration « Prix Charlemagne de la Ville d’Aix-la-Chapelle » reliant de cette manière le passé au présent européen. Charlemagne fit cependant plus que de donner son nom et d’être porteur de message, il fut aussi l’âme de la future Fondation que générera la Société du Prix Charlemagne.

Avec le nom du roi des Francs le plus remarquable, l’idée de faire entrer les pays chrétiens occidentaux dans la proclamation vit le jour. Celui qui en est à l’origine reste un mystère, l’histoire ayant oublié de nous transmettre les détails. Il se peut que ce soit l’évêque Dr. Johannes Josef van der Velden, garde du tombeau du « père de l’Europe », c’est ainsi que Charlemagne fut jadis désigné, selon une source de l’époque, ou bien aussi le professeur de philosophie, Dr. Peter Mennicken. Quoi qu’il en soit, cette « idée des pays occidentaux », dominait dans la proclamation publiée par les fondateurs du Prix Charlemagne à Noël 1949. Dans un premier temps, elle est utilisée comme symbole se référant au royaume carolingien de Charlemagne : emblème d’un royaume européen, d’une homogénéité dans les règles, dans l’ordre moral, dans la langue, la monnaie, l’administration, la religion, et la culture, mais aussi en tant que principe général orienté sur l’avenir, pour la mission d’une Europe économique et politique unifiée.

L’accord économique devait avoir priorité et était une étape préliminaire absolument nécessaire à la fusion de l’Europe de l’Ouest. Cette exigence qui figurait dans la proclamation appartenait déjà depuis longtemps aux considérations de politique européenne de M. Pfeiffer et a pu, en particulier, trouver un appui de poids auprès des représentants de l’économie à la Fondation. Et, parmi eux, le président de la Chambre de Commerce et futur maire de la Ville, Hermann Heusch, le directeur général de l’union des usines de verre, Dr. Jean Louis Schrader, et le Néerlandais, Carl Nieuwenhuysen, directeur des usines Philips.

Justement grâce à l’engagement des deux représentants des plus hauts rangs de l’économie étrangère, l’objectif du Prix devient plus concret, dénué de tout nationalisme et basé sur un grand espace économique sans frontières ni douanes, permettant d’instaurer une paix durable en Europe. Cela démontre que le Prix Charlemagne était investi, dès le début, sur le plan international, aussi bien dans la mise en œuvre de ses objectifs que dans le choix de ses membres fondateurs.

Il n’est pas étonnant de voir que l’on comptait le fabricant de tissus d’Aix-la-Chapelle, Erasmus Schlapp, au sein du cercle des fondateurs du Prix. Il était en effet le président de l’Union-Europe, qui défendait avec énergie les idées d’unification européenne.

M. Pfeiffer sut gagner pour son initiative les représentants des scientifiques aixois, le président de l’université, Dr. Wilhelm Müller, le professeur Dr. Franz Krauss et le professeur Dr. Peter Mennicken qui signèrent la proclamation. Ainsi le nombre de représentants de la culture et de l’enseignement de la ville fut presque égal à celui des entrepreneurs parmi les membres fondateurs du Prix Charlemagne.

Le Prix Charlemagne de la Ville d’Aix-la-Chapelle, initié par Kurt Pfeiffer, devait agir sur trois plans :

1. Au plan européen :

Ce n’était pas seulement l’adhésion des Allemands qu’il fallait gagner, mais aussi celle de leurs voisins européens, par le contenu symbolique de la remise annuelle d’un prix pour le processus d’intégration de l’Europe occidentale. Le Prix Charlemagne était censé représenter simultanément un forum et un instrument, en encourageant et en avertissant un plus large public sur l’état des accords de l’entente. C’est ainsi que cette récompense reste un symbole de la volonté européenne de l’entente, tout en étant un moyen de transmettre des messages politiques.

2. Au plan fédéral :

Le Prix Charlemagne fut le tout premier prix politique dans la jeune République Fédérale d’Allemagne, toutefois pas un prix décerné par l’Etat. En comparaison avec la République de Weimar, pauvre en symboles, ce Prix créa de nombreuses possibilités d’identification. Il devait aussi contribuer à instituer en Allemagne la toute première conscience européenne, fondée sur l’entente des peuples.

3. Au plan municipal :

L’ancienne ville impériale était particulièrement appropriée pour agir pacifiquement au-delà des frontières par sa position sur les frontières et grâce à son passé européen. La remise du Prix mettrait ainsi la ville au centre même de l’attention du grand public, augmentant par là le prestige de la ville d’Aix-la-Chapelle.

Le 14 mars 1950, à peine trois mois après la proclamation du prix, fut créée la « Société pour la remise du Prix International Charlemagne de la Ville d’Aix-la-Chapelle ». Elle devait se charger de toutes les tâches liées à cette remise du Prix. Le Prix même consiste en un titre honorifique, une médaille et une somme de 5000 DM (de nos jours 5000 €) et allait être décerné chaque année à une personnalité engagée pour l’Europe.

L’énergie avec laquelle les Fondateurs du Prix se mirent à l’œuvre se reflète dans le fait que déjà cinq mois après la proclamation, on décerna le jour de l’Ascension 1950, le Prix au Comte Richard Coudenhove-Kalergi, initiateur du mouvement paneuropéen et précurseur des idées d’unification européenne.

La première liste des adhérents à la Société du Prix Charlemagne comprenait les personnes les plus éminentes de la ville d’Aix-la-Chapelle. Une centaine de personnalités des domaines économique, religieux, universitaire et administratif de la ville s’inscrivirent à cette association.

Le Directoire de la Société du Prix Charlemagne est d’une importance toute particulière pour le Prix Charlemagne, puisque c’est lui qui élit le candidat censé recevoir le Prix. Sa structure reflète aujourd’hui encore celle du cercle fondateur de 1949. Les signataires de la proclamation de 1949 formèrent le premier Directoire de la Société du Prix Charlemagne et Kurt Pfeiffer en eut la fonction de premier porte-parole.

La cérémonie festive qui eut lieu dans la salle des couronnements lorsque le premier Prix fut décerné au Comte Coudenhove-Kalergi, laissa une impression durable. C’était la première fois depuis la fin de la guerre que l’hôtel de ville fut la scène d’une festivité non seulement municipale, mais encore européenne. Comme la ville était encore visiblement marquée par les traces de la guerre et que les invités de la cérémonie pouvaient même apercevoir le ciel directement par le toit troué de l’hôtel de ville, la cérémonie festive de la remise du Prix se trouva être l’objet d’une attention sans pareil. C’est ainsi que le Directoire fut stimulé grâce à la résonance qui s’ensuivit dans les médias aussi bien au niveau national qu’international à participer davantage au processus d’unification européenne. Ce fut la remise du Prix au Premier Ministre italien, Alcide de Gasperi, chez qui Kurt Pfeiffer passa une semaine entière pour lui offrir ce Prix, qui permit la percée sur le plan international en 1952.

Les dirigeants politiques des années 50 tels que Konrad Adenauer, Robert Schuman, Jean Monnet et bien d’autres encore, succédèrent au ministre italien et furent honorés à Aix-la-Chapelle pour leurs mérites allant dans le sens d’une unification européenne. La récompense obtint de ce fait un poids politique important et un prestige international. Paul Henri Spaak, lauréat du Prix Charlemagne, commenta dans son discours de remerciement dans la salle des couronnements en 1957, la liste des personnes distinguées par le Prix ; il prononça à juste titre les mots suivants : « nous sommes ici en présence des plus grands noms de la politique de l’Europe d’après-guerre ».

Depuis que le Prix Charlemagne fut décerné à A. De Gasperi, il évolua de plus en plus dans le sens d’une récompense principalement politique. Pour cette raison les personnalités politiques dominent largement dans la longue liste des lauréats. Au premier plan, parmi ceux qui s’engagent pour le processus de l’unification européenne, se trouvent en effet des représentants de l’Etat, des ministres et des présidents élus qui sont en mesure d’influencer le processus d’unification européen grâce à la portée du Prix Charlemagne. Cependant, par la récompense de futurs lauréats tels que Don Salvador de Madariaga, Frère Roger ou György Konrád, la dimension intellectuelle et culturelle de l’unité européenne fut mise en avant.

Le Prix Charlemagne s’est très vite révélé être la récompense la plus renommée et la plus convoitée pour les mérites en faveur de l’unification européenne. Mais c’est aussi grâce à l’importance considérable des lauréats que ce Prix honorifique acquit au cours du temps un poids politique et moral remarquable.

En 1962 le Prix ne put pas être décerné et ce pour la deuxième fois depuis sa création, ce qui s’est produit dix fois au total.

La remise du Prix en 1963 à Sir Edward Heath, futur Premier Ministre britannique, marqua un tournant dans l’histoire du Prix Charlemagne : Heath représentait un pays prêt pour l’adhésion. Quelques jours après l’échec de la tentative britannique d’adhésion à la Communauté Européenne à cause du veto français, on devait interpréter ce signal encourageant comme étant un signe pour un avenir commun.

Une rupture de nature différente suivit en 1968, lorsque l’initiateur et père du Prix Charlemagne, Kurt Pfeiffer, remit sa fonction de porte-parole du Directoire du Prix Charlemagne à Dr. Jean Louis Schrader, qui avait compté lui aussi parmi les signataires de la proclamation de 1949. M. Pfeiffer reçut pour ses mérites le titre de citoyen d’honneur de la ville d’Aix-la-Chapelle. A cette occasion il qualifia les objectifs de l’œuvre de sa vie de la manière suivante : « Le Prix Charlemagne agit sur l’avenir, il apporte un engagement en soi, mais un engagement de la plus haute valeur éthique. Un engagement qui vise une union volontaire et non forcée des peuples européens, afin de défendre les biens terrestres les plus précieux, notamment la liberté, l’humanité et la paix avec une nouvelle force pour assurer l’avenir de nos enfants et petits-enfants.»

Ce message concernant l’entente des peuples a été depuis transmis de porte-parole en porte-parole et constitue le critère primordial pour le choix d’un nouveau titulaire du Prix.

M. Schrader continua fidèlement le travail de l’initiateur du Prix Charlemagne. L’ancien Maire, Hermann Heusch, qui a fait partie du Directoire pendant plus de 20 ans contribua, lui aussi, à une constante continuité. En tant que premier citoyen de la ville, il fut à la mairie, le maître de céans et le prouva en décernant le Prix, chaque année, dans le cadre d’une cérémonie.

Dans les années 70 et 80, la remise du Prix aux représentants de jeunes démocraties comme celle de la Grèce ou de l’Espagne a été significative. On envisageait de soutenir les forces démocratiques en rapprochant ces états à l’Union Européenne. En 1981, Simone Veil fut la première femme à recevoir le Prix. Elle était le premier président du Parlement européen élu au suffrage direct par les citoyens européens.

En 1982 le Roi d’Espagne, Juan Carlos Ier, fut le premier dirigeant issu de la royauté à être honoré. La proposition vint du nouveau porte-parole, le consul Hugo Cadenbach, et fut transmise au Directoire, à la suite de quoi Kurt Pfeiffer formula cette remarque : « nous venons tout juste de vous nommer porte-parole et vous nous présentez déjà un roi ! ». Ce commentaire plaisant venant d’un ami paternel était bienveillant puisque la proposition fut adoptée à l’unanimité par les membres du jury.

Suite à la mort subite de Jean Louis Schrader en 1980, le choix du porte-parole à la tête du Prix Charlemagne se porta sur Hugo Cadenbach, qui en fut surpris. Il s’adapta pourtant assez rapidement à sa nouvelle mission en trouvant un précieux soutien auprès du Maire de la ville, Kurt Malangré. Maire et porte-parole s’entendirent parfaitement dans leur travail commun. Cette condition essentielle à un travail efficace au sein du Directoire du Prix Charlemagne reste aujourd’hui encore une tradition indispensable.

Le 30 janvier 1987 le fondateur du Prix Charlemagne, Dr. Kurt Pfeiffer, disparut, lui qui avait jusqu’à ses derniers jours activement participé à l’évolution du Prix et avait élaboré nombre de textes pour les médailles et les titres authentiques remis aux lauréats.

Henry Kissinger fut le dernier candidat qu’il ait proposé, ancien ministre américain des Affaires étrangères et lauréat du prix Nobel de la paix. Cette proposition fut à la fois le legs spirituel et la mission du porte-parole du Directoire. M. Pfeiffer souhaitait renforcer les relations transatlantiques, voyant bien que cette Communauté Atlantique était déterminante pour la sûreté des états de l’Europe de l’Ouest.

Le débat controversé au sujet de cette nomination donna lieu à des discussions concernant les objectifs du Prix Charlemagne. La Société du Prix Charlemagne profita de cette occasion pour souligner le caractère de la décoration comme étant un Prix civil de la ville, en changeant le nom du prix en : « Prix International Charlemagne de la Ville d’Aix-la-Chapelle ».

Les bouleversements en Europe de l’Est et Europe centrale, ainsi que les événements de l’année 1989 qui atteignirent leur point culminant avec la réunification de l’Allemagne, apportèrent l’opportunité de redéfinir les objectifs du Prix Charlemagne en complétant et réactualisant la déclaration de 1949, sous forme d’un commentaire. Cette « Déclaration du Conseil de la Ville d’Aix-la-Chapelle et de la Société pour la remise du Prix Charlemagne » du 14 novembre 1990, se référa à la signification historique de l’année 1989 qui prônait une « union globale » des états européens. Simultanément on put accentuer la signification profonde de l’Europe Unie, aspirant à un équilibre réduisant les oppositions de l’Europe du Nord et de celle du Sud et de la protection de notre environnement naturel. Nouveaux défis importants qui n’étaient pas encore à l’ordre du jour en 1949, mais qui, 40 ans plus tard, comptaient comme étant une évidence pour toute personne engagée sur le niveau politique.

La remise du prix dans les années 90 surtout celles à des représentants des états d’Europe du Nord, de l’Europe Centrale et de l’Europe de l’Est s’inscrivit dans la lignée de « l’union globale » de l’Europe. Les lauréats, originaires de pays qui n’appartenaient pas encore à l’Union Européenne, représentaient tous ensemble, l’espoir d’une Union Européenne la plus large possible. Les distinctions étaient censées être un signal positif, encourageant les lauréats à mener leur pays au sein de l’Europe. En même temps, la réputation internationale du Prix Charlemagne devait renforcer leur position dans leur pays respectif ainsi que le prestige de leur pays.

Avec la décoration du président américain Bill Clinton en 2000, le Prix International de Charlemagne fut attribué 50 ans après la première cérémonie, au représentant d’un peuple qui fut continuellement, depuis cinq décennies, un partenaire fiable des nations libres d’Europe.

Grâce à la distinction accordée à un représentant exceptionnel de la littérature européenne, l’écrivain et sociologue hongrois György Konrád, le Directoire attira l’attention, l’année suivante, en 2001, sur la précieuse participation de la culture et de ceux qui la génèrent à l’intégration de notre continent.

Après avoir décerné le Prix Charlemagne pour la première fois non à une personne mais à un « objet » en 2002, le Directoire, par la suite, mit clairement l’accent sur l’approfondissement du processus d’intégration et sur le renforcement des éléments parlementaires et démocratiques de l’Union, en nommant le président de la Convention, le président du Parlement Européen, le chef d’Etat italien, Carlo Ciampi, et le chef d’Etat du Luxembourg, Jean-Claude Juncker.

Suivit en 2007 Javier Solana Madariaga, une personnalité qui – comme il y en a peu – incarne la voix de l’Europe dans le monde. En tant que Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune il garantit les valeurs communes de l’Union Européenne en même temps que la prétention de l’Europe d’apporter sa contribution à un monde plus sûr et plus juste.

Plus de cinquante ans après la ratification des traités de Rome nous avons conscience qu’une grande partie du chemin menant à une Europe Unie reste à faire. Un grand pas a pourtant été franchi il y a quatre ans. Lorsque dix nouveaux pays membres adhérèrent à l’Union le 1er mai 2004, nous avons définitivement tourné la page de l’histoire d’après-guerre qui a été marquée par la guerre froide et par la division de l’Europe.

L’évolution de cette vaste unification des familles du peuple européen est indissociable de la personnalité et de l’œuvre du Pape Jean-Paul II. Son pontificat, long de plus de 25 ans, marquera dans l’histoire une période pendant laquelle furent instaurées les fondements de la liberté et d’une paix durable, ainsi que de la stabilité et du bien-être des générations futures sur l’ensemble du continent. En hommage à son engagement exceptionnel au service de l’entente européenne et d’un travail commun, au service de l’humanité et de la paix mondiale, ce fut un honneur pour les responsables du Prix Charlemagne de pouvoir récompenser le Pape Jean-Paul II avec un Prix Charlemagne exceptionnel. Ce fut la seule et unique fois que la remise du Prix eut lieu d’une manière inhabituelle, le 24 mars 2004, à Rome.

Le jour de l’ascension de l’année 2008 le Prix Charlemagne a été décerné à la chancelière allemande, Mme Angela Merkel. Le directoire du Prix Charlemagne a honoré par là une européenne remarquable qui a contribué de façon extraordinaire en tant que présidente du Conseil Européen à surmonter la crise de l’Union Européenne et à l’avancement de l’intégration. Elle s’est fait remarquer par son courage, son énergie, sa détermination et son habileté à mener des négociations.

Le Directoire du Prix Charlemagne et la Société se sentent tenus de poursuivre le travail entamé par M. Kurt Pfeiffer il y a de cela presque soixante ans, car en matière d’entente des peuples et d’intégration européenne il n’y a pas d’alternative. Nous profitons de l’appui de la Fondation du Prix International Charlemagne d’Aix-la-Chapelle, créée en 1997. Elle regroupe des personnalités de la vie économique, politique et sociale qui garantissent l’indépendance du Prix Charlemagne, qui créent un réseau de personnalités européennes et qui donnent de nouvelles impulsions au processus d’unification.

La veille de la remise du Prix, la Fondation du Prix Charlemagne organise, en collaboration avec son partenaire et sponsor principal, la Deutsche Telekom AG, un « Forum-Prix-Charlemagne-Europe à Aix-la-Chapelle ». Lors de cette rencontre à l’échelon le plus élevé, le débat européen est mis en relief avec insistance. L’idée esquissée jadis par M. Kurt Pfeiffer de créer un Prix Charlemagne pour la Jeunesse européenne a été reprise et est réalisée avec le concours du Parlement Européen. Ce Prix qui sera décerné en 2008 pour la première fois envisage, tout comme le Prix Charlemagne, de rendre honneur à des personnalités modèles : récompenser des jeunes gens qui vivent la Communauté Européenne de façon exemplaire et qui, par là, continuent le mouvement d’unification de l’Europe.

Dans leurs efforts à promouvoir le Prix Charlemagne les responsables de la Fondation ont déjà fait des progrès considérables s années précédentes. Le fait que cinq chefs d’Etat européens nous rendent l’honneur de patronner la Fondation, attribue au prix Charlemagne une importance bien plus marquée. S.M. Le Roi d’Espagne Juan Carlos Ier, S.M. Le Roi des Belges Albert II., S.A.R. Le Grand-Duc de Luxembourg Henri Ier, le Président de la République fédérale d’Autriche Dr. Heinz Fischer et le Président de la République fédérale d’Allemagne Dr. Horst Köhler font ainsi avancer l’idée fondamentale du Prix Charlemagne, à savoir l’unification européenne. Leur engagement est le flambeau qui fait reluire et briller l’idée de l’union de l’Europe.

 

Prof. Dr.-Ing. Dr. h.c. mult. Dipl.-Wirt. Ing. Walter Eversheim
Porte-parole du Directoire de la Société pour la remise du Prix International Charlemagne de la ville d’Aix-la-Chapelle